Présence connectée

C. Licoppe, Département SES Telecom ParisTech

On distingue 2 modèles de communication; le modèle classique avec le téléphone fixe et le minitel et un nouveau modèle amené par les téléphones portables et les SMS et par Internet.

    Modèle classique :
  • contacts ponctuels et plutôt longs

  • les communications sont réelles, il y a du contenu

  • c'est l'appelant qui a la responsabilité de l'appel, il doit anticiper l'état du destinataire.
    Est-ce le bon moment pour lui parler ? Ne vais-je pas le déranger ? etc.

  • l'état critique est l'absence physique de l'autre, l'impossibilité de se rencontrer réellement.

    Nouveau modèle : Présence connectée
  • les contacts sont permanents via tous les moyens disponibles (SMS, téléphone, IM etc.)

  • contacts plus brefs mais répétés, plusieurs fois par jour

  • le contenu des "échanges" est pauvre : on ne cherche pas forcément à communiquer mais plutôt à laisser le canal de communication ouvert.
    D'où le vocable de "notifications" quand on parle de Twitter par exemple.

  • la communication est impulsive et pas réfléchie, on teste la disponibilité de l'autre
    On "sous-titre" la vie physique.

  • la responsabilité de l'appel est décalée, c'est l'appelé qui détermine la qualité de l'appel et s'il nécessite ou pas une réponse

  • l'état critique est le silence, l'indisponibilité de l'autre

En gros c'est le paradoxe  «au plus on est inter-connecté en permanence, au moins on communique réellement»
Il faut avouer que, là-dedans, Twitter apporte une touche nouvelle par l'envoi et la réception des notifications par tous les moyens de communications : ordinateur (client local/Web), IM, SMS et, in-extenso, l'arrivée de nouveaux supports comme l'audio et la vidéo (poodz et seesmic).
Pownce et lui aussi très intéressent mais déjà personne ou presque ne connaissait Twitter alors Pownce… :s

C'est peut-être pour ça qu'il remporte un tel succès; c'est le summum de la fusion des moyens de communications au contenu pauvre voire inexistant.
Néanmoins, sur le fond je persiste à croire que ce n'est qu'un IRC ré-inventé, un IRC 2.0 avec de nouvelles sources et moyens de récupération des messages.
Le support Web de Twitter (et ses -like) peut avoir des avantages (accessibilité ++, surtout en mobilité puisqu'on passe par un simple browser, SEO) mais aussi des inconvénients (DIGG et Keynote effect...).

À la vue de cette analyse, je tends à me remettre en question mais personne ni ici ni là-bas n'a encore réussi à me convaincre.
J'ai toujours tendance à penser que le 2.0 n'a rien inventé ou presque et qu'il est bourré de défauts qui devraient normalement tous nous faire fuir ; que c'est un Web à l'image d'Apple. (comprendront qui pourront...)
Que le terme "social" n'a jamais été aussi mal employé et que les véritables services sociaux existent depuis le Web 1.
Enfin que l'UGC ne date pas d'hier et que si les outils sont plus design et faciles d'accès, ils sont plus bridés qu'avant.


Quelques perspectives sociologiques sur la culture numérique des adolescents

P. Lardellier, Université de Bourgogne, LIMSIC_CIMEOS

Jubilation de la communication manquée, préférée à la rencontre IPL

On nous montrait un échange de SMS entre deux jeunes suédoises pour fixer un RDV IPL.
L'échange avait duré plus d'1h, elles se rapprochaient puis s'éloignaient et se re-rapprochaient et, au final, ne s'étaient jamais rencontré réellement.

Et on se posait la question un peu hallucinante de savoir ce qu'elles auraient bien pu se dire si elle s'étaient réellement rencontré : et bien pas grand chose en vérité lol
À travers de simples "où es-tu ?" ou des "tu fais quoi maintenant ?", elles avaient eu l'impression de s'être vraiment vu, d'avoir réellement échangé.
Bien sur, cela ne fonctionne que dans le modèle de la présence connectée car si après elles ne s'étaient pas retrouvé sur MSN ou fesse-bouc, il est évident que cette rencontre ratée aurait eu plus d'impact.

Un autre point développé fut la consécration numérique du «capital émotionnel» (E. illouz).
De par la "présence connectée" on échange peu et bien souvent ça se réduit à la notification de son état; émotionnel dans le cas présent mais aussi géographique, physique etc.
S'en est suivi l'abréviation extrême de ces notifications par l'apparition du smiley.

Une des dérives chez les adolescents est le kikoo-lol effect :-/

Enfin, ces communications permanentes sont chronophages et entraînent l'amnésie. Logique puisqu'on ne dit rien d'important et qu'on peut se le redire à tout moment !


Pratiques d'écriture et formes textuelles dans les blogs

O. Deseilligny Université Paris X – Nanterre, CRIS SERIES

Petite analyse des blogs, des skyblogs plutôt, par rapport aux journaux intimes papier.
Le repère par excellence du Kevin.
J'ai rappelé aussi vite que j'ai pu que Skyblog ne fournit pas des blogs mais un "réseau social" et que c'est la pire face de la blogosphère et malheureusement la plus connue des adultes/parents.
Ça me rappelle une belle quote de Bashfr.org (je sais, vive les références ^^) et une conversation épiée dans un bar...

<Fokiy> ta 1 blog?
<Dertif> http://iokanaan.net/blog/ voici
<Fokiy> mdr
<Fokiy> tu cné pa bocou internet toi
<Fokiy> ca sapelle un site ça
<Fokiy> un blog c kan ladress el fé http://....skyblog.com
<Fokiy> sinon c pa un blog
<Fokiy> ca sapel un site
<Fokiy> par ex http://fashiongirl-84.skyblog.com/
<Fokiy> tu compren?


Et dans un bar j'entends un type qui demandait des infos sur un éventuel futur employé :

- Et il a un blog ?
- Hum, oui monsieur, je crois
- Ah, ça ne va pas être possible, les truc Scieblogs ce sont des immatures, j'en veux pas
- Ah mais non ! Ce n'est pas un skyblog, c'est un blog normal qu'il a...

Si c'est pas triste ça :'(

Bon on nous a fait le topo que si les blogs, en France du moins, avaient été perçus voire conçus au tout début comme des journaux intimes numérique, ce mode de pensée était totalement à côté de la plaque.
Que ce sont (les skyblogs) des zones publiques où l'on balance des choses personnelles voire intimes. Cf les blogs entre exhibitionnisme et voyeurisme (lJDB)
Des zones plus ou moins connues certes mais ouvertes à tous mais en même temps une zone privée où le "skyblogueur"est maître à bord.
Cela dit, il faut encore nuancer car un blog ne vit que par ses commentaires (de là à en faire une monnaie… :s) et ses trackback et il faut accepter la critique.
Au passage : honte à ceux qui mettent du nofollow et/ou qui ferment les trackbacks => shame on you qui n'avez rien pigé au concept de blog :s


Il y avait d'autres conférences qui m'ont moins intéressé mais j'ai été globalement content d'avoir pu assister (et un peu participer) à cette journée.
J'ai trouvé C. Licoppe sur la Présence connectée très intéressent, ça m'a permis de prendre un peu de recul.
Mais en même temps je me suis aperçu que sur pas mal de points les sociologues semblent être à côté de plaque ou, du moins, en retard.


Pour finir sur les blogs, je vous propose une lecture intéressante.
Il s'agit d'une étude intitulée "Les attentes des éditeurs de blog" menée par Via Nova Spheeris.